Il y a des endroits qui vous attrapent avant même que vous ayez posé votre sac. Le Domaine des Vanneaux Hotel Golf & Spa MGallery fait partie de cette petite sélection de lieux où l’air semble avoir un parfum de calme organisé, une élégance discrète, avec ce petit truc en plus qui apaise instantanément le mental, même en sortant d’une semaine harassante. J’arrivais tout droit de Paris, encore un peu malmenée par ces dernières heures de stress pour finaliser notre dernier bouclage, quand la perspective des bâtiments s’est découpée entre les arbres. J’ai senti un reset intérieur. Une sorte de “Ctrl+Alt+Suppr” version nature. Ma chambre donnait sur la forêt, avec cette lumière qui ressemble à une invitation à se poser, sans trop avoir à réfléchir. Tant mieux. Un balcon, une odeur de bois, le silence. Un silence uniquement troublé par quelques drives qui claquaient au loin. J’ai posé mon sac. Séance respiration. Je pouvais me relâcher. Le premier vrai moment, celui qui m’a reconnectée, c’est le spa. Le domaine joue dans la cour des grands avec son combo hammam - sauna - jacuzzi. Je m’y suis glissée comme une golfeuse qui avoue enfin qu’elle est fatiguée. Juste moi, la chaleur, le calme, et cette étrange sensation d’être comme Wedge, notre ID Buzz, qui passe de 12 % à 80 % en moins de dix minutes. Quand je suis sortie, j’avais cette sensation envahissante de douceur. Le soir, Le Piaf m’attendait. Le chef Paul Thévenin envoie une cuisine généreuse, de celles qui vous renforce votre attirance pour la notion d’« après-golf ». Des produits du potager, forcément de saison, un dressage soigné et une carte où la gourmandise est assumée comme un geste citoyen. Je me suis fait avoir par un dessert d’une douceur exceptionnelle.
À la table voisine deux golfeurs franciliens qui débattaient avec conviction du trou n°4. J’ai pensé à ma partie du lendemain. On a fini par discuter. L’un d’eux m’a dit « L’Isle Adam, tu vas voir, c’est comme un ami qui ne te juge jamais, mais qui te teste quand même. » Je n’ai compris que le lendemain.
Invitation à se poser
D’abord le practice.Vaste, propre, un staff souriant, trois pros disponibles pour remettre le swing en place. J’ai tapé les premières balles avec l’impression que mon corps retrouvait un langage qu’il avait un peu oublié. La forêt autour ajoutait un feeling presque japonais. On aurait presque pu s’attendre à apercevoir le Mont Fuji. Harmonie, verticalité, concentration et un petit chatouillis d’ego quand j’ai calé deux balles parfaites d’affilée. Ça aurait mérité quelques applaudissements. Rien. Tant pis.
Une carte postale
Puis le parcours. Et là, un vrai test. Plus de 6200 mètres de mouvements, de perspectives, de pièges élégants et de fairways qui tournent comme des phrases bien écrites. Le dessin de Ronald Fream (encore lui), c’est de la littérature sportive. Des trouées dans la forêt, des départs en surplomb qui vous donnent l’impression de parler au paysage, des greens où l’œil croit comprendre mais où la balle, elle, a visiblement son propre dialecte. Le 7, par exemple, une carte postale vivante. J’y ai perdu une balle.
Ce qui frappe surtout, c’est la sensation d’être seule au monde. La forêt, le silence, quelques oiseaux. Par moments, j’avais l’impression que la nature retenait son souffle pour me laisser jouer. Et c’est sans doute pour ça qu’on comprend vite que les habitués l’adorent. Ici, vous jouez contre vous-même, mais avec style. Après le dernier putt, donné je tiens à le préciser, je suis restée quelques minutes devant le panorama. Ça sentait la mousse, le bois humide, et cette fatigue saine qui vous dit que la journée a été bonne. J’ai pensé à ce que m’avait dit le golfeur de la veille. Alors oui, l’Isle Adam teste. Mais il récompense aussi. Et dans cette équation-là, on progresse sans même s’en rendre compte.
Retour au domaine avec un thé sur la terrasse, la vue sur le parcours qui défile, les jambes lourdes, l’esprit léger. Et cette pensée qui vous prend parfois, et si le luxe était tout simplement d’être exactement là où on devrait être ? Vous avez 2 heures. Deux nuits ici, et j’avais l’impression d’en avoir vécu cinq. Le Domaine des Vanneaux n’est pas juste un resort, c’est un sas, une parenthèse, une petite mise à jour de votre logiciel intérieur. Golf, spa, bistronomie, nature, calme. Tout s’imbrique avec une harmonie presque suspecte. À croire que quelqu’un a vraiment pensé au golfeur avant de penser au bâtiment. En repartant, comme souvent, j’ai lancé un dernier regard vers le practice, comme on regarde quelqu’un qu’on a envie de revoir mais sans avoir à le lui dire. Mais au fond de moi, je me suis quand même dit, la prochaine fois, je prendrai un départ plus tôt pour profiter, encore un peu plus, de ce calme sur un des plus beaux parcours d’Île-de-France.
Parce que ce lieu, on y retourne. Avec certitude.
Texte Guillaume Barnett
