La beauté de cette histoire repose sur le fait qu’elle était loin d’être écrite ainsi. Pourtant Matthieu sera bien le premier français, de l’ère moderne, à gagner sur le sol américain.
Avec des parents sportifs de haut niveau, un père footballeur et une mère pro de golf, Matthieu ne pouvait pas échapper à cette ambiance où le travail, l’entrainement et l’abnégation rythme un quotidien de sacrifices associés à autant de victoires. Jeune, plutôt attiré par le foot, Matthieu ne découvre le golf que vers 12 ans. Loin du circuit fédéral, loin des sélections de jeunes, loin de prestigieuses victoires amateurs, le chemin pris par Matthieu ressemble plus à celui pris par de nombreux jeunes qui, aimant le golf, le pratiquent 2 ou 3 fois par semaine.
Mais une fois le bac en poche, Matthieu fait preuve d’une determination hors du commun. Il aime le golf et il aime les Etats-Unis. Le voilà donc parti pour s’entrainer en Floride et il découvre une mentalité dans laquelle il se reconnait, la fameuse « no pain, no gain ».
Et même si pour certains ses rêves frisent l’inconscience, malgré une 800ieme place au ranking amateur, il s’installe dans une rigueur de travail loin de l’esprit de Pierre de Coubertin, car l’essentiel n’est pas de participer, mais bel et bien de gagner.
« No pain, no gain »
Oscar Wilde disait « Ayez des rêves assez grands pour ne jamais les perdre de vue ». Matthieu, pour ne pas perdre de vue ses rêves, a fait le choix radical de se tatouer, en anglais et sur la main droite, celle ne portant jamais de gant, « la sueur qui coule aujourd’hui sera demain des larmes de joie ». Le travail finit toujours pas payer, à condition d’être patient.
Et de la patience, il en a eu, plus que n’importe qui. En gravissant les échelons de l’Alps Tour, puis du Challenge tour pour finir sur le DP World Tour, il a du attendre 7 ans et presque 200 tournois pour connaitre le gout de la victoire. Cette dernière, à Madrid lors de l’Open d’Espagne en octobre dernier, comme une délivrance, lui a ouvert les portes de l’impossible. Surfant sur ce succès tant mérité, il a eu la ténacité de se battre jusqu’au dernier putt du dernier tournoi de la Race To Dubaï, pour arracher un droit de jeu sur le circuit américain, le PGA.
La détermination, la patience et le panache
Là encore, beaucoup de commentateurs lui prévoyait un temps d’adaptation avec certaines difficultés face aux meilleurs mondiaux. La frontière entre l’admiration et la jalousie est parfois bien mince. C’était oublier de quel bois il était fait. Au début de la saison, positionné en outsider, Matthieu a su utiliser sa discrétion pour masquer une determination infaillible. Pourtant, dès le troisième tournoi, Matthieu Pavon a inscrit son nom au palmarès du célèbre Farmers Insurance Open sur le parcours mythique de Torrey Pines là où avant lui avaient gagné, entre autres, Tiger woods, Jon Rahm ou Phil Mickelson. Au-delà de l’exploit sportif, n’en doutons pas, Matthieu a ouvert des voies. La première, comme avant lui Céline Boutier, montrer que le golf français peut lui aussi avoir ses champions. Et à l’aube des JO de Paris, cette perspective est excitante pour tous les amoureux de la petite balle blanche. La seconde, certainement la plus belle, aura été de montrer à tous les rêveurs que nous sommes, qu’il est possible de réaliser ses rêves en s’appuyant sur un triptyque, pourtant bien connu, le travail, la patience et la determination. Peut-être qu’il serait judicieux d’y rajouter le panache. En effet, en se remémorant son attaque de green du 18, alors que sa balle est avalée par un rough « diabolique », il en fallait pour prendre la décision d’attaquer le mat.
La victoire des valeurs
Alors bien sur, ce n’est qu’une victoire et cette dernière en appellera d’autres.

Mais finalement l’essentiel est ailleurs. Nombreux sont ceux qui parlent, qui conseillent, nombreux sont ceux qui ont la chance de savoir. Et puis, il y a les autres, ces taiseux qui préfèrent montrer, prouver et qui, à défaut de parler, agissent. Par cette victoire, Matthieu Pavon nous aura rappelé que les bases du succès reposent sur le travail, la patience, l’humilité, la discrétion, et la confiance en soi. Dans notre société actuelle, ces valeurs sont souvent oubliées. Aujourd’hui, avec nos croyances modernes, le travail doit avoir un résultat immédiat, la discrétion et l’humilité ne sont pas instagramables et la confiance en soi n’est malheureusement jamais proposée lors du Black Friday ou des soldes d’été. Au travers de cette victoire, bon nombre de pros enseignants, d’éducateurs sportifs, de bénévoles de club et de parents pourront rappeler aux jeunes joueurs passionnés que pour atteindre l’excellence, il faut savoir fuir le conformisme.
Merci Matthieu pour avoir, comme on dit dans le Sud-Ouest, remis l’église au centre du village. Ses parents, par l’éducation et les valeurs transmises peuvent être en droit de revendiquer une infime part de cette merveilleuse réussite. Sans éducation, sans transmission des valeurs essentielles, il n’y a pas de socle solide. Cette victoire est finalement la victoire d’une famille, d’un entourage et d’une équipe qui, tous ensemble au service d’un talent, auront permit de rappeler que rien n’est impossible.
Texte Guillaume Barnett