Cyril Miranda est un couteau suisse. Coach au golf de La Boulie, consultant télé pour Golf+, ancien caddie pour divers joueurs dont Benjamin Hebert, ce garçon sait tout faire. Et tout bien faire. Cyril a une expérience d’une telle richesse que tous ses propos forcent à la réflexion. Partager un moment avec lui s’annonce passionnant. Pour mieux le connaitre, et découvrir son parcours, il est important d’avoir en tête ce qui a constitué son principal objectif depuis son plus jeune âge, à savoir devenir entraineur de haut niveau. 

Pour atteindre son graal, Cyril Miranda a choisi la voie de l’humilité, de l’abnégation, de l’expérience et de la patience. Contrairement à certains, il n’a pas fait le choix de s’auto-proclamer, du jour au lendemain, « Head Coach » d’une académie, seulement créé pour servir son égo. Avec lui, rien d’artificiel, tout est authentique. Il a su gravir les marches, une à une, sans se décourager, mettre les mains dans le moteur, essuyer des revers, relever des défis que peu auraient accepté, pour au final, construire une expérience qui aujourd’hui force l’admiration de tous.

Le désir d'enseigner

Avec Cyril, l’histoire est belle. La passion du golf, en tant que sport, est née sur les genoux de son père, en regardant Nick Faldo à la télévision. Et c’est en regardant, encore et encore, une cassette vidéo de David Leadbetter qu’il a choisi l’enseignement du golf, comme futur métier. 

Titulaire d’une licence de Lettres, et après un accident l’empêchant de faire comme tout le monde en devenant joueur pro, qu’il est rattrapé en 2009, par son désir d’enseigner. D’abord à Lésigny, puis à Saint Nom la Bretèche, où il fait ses premières armes de coach.

Ayant le mal du pays, retour à Biarritz, période où il en profite pour s’engager sur le sac de Benjamin Hebert avec lequel il restera 4 ans, et inscrira quelques victoires de prestige à son crédit, dont la victoire en 2014 à Dubaï de la grande finale. Début 2019, il retrouve la passion du coaching et il profite d’une opportunité avec le golf de Raray. S’il arrive à casser le plafond de verre de la deuxième division et faire monter l’équipe Messieurs en Gounouilhou, ses émoluments de coach, et uniquement dans ce cas, seront payées. Pari réussi. Une histoire d’hommes, de sport, exactement ce pourquoi il aime tant son métier. Ce succès ne passe pas inaperçu et il reçoit une proposition du Racing Club de France.

Son rêve de devenir entraineur de haut niveau pour un club prestigieux se réalise en septembre 2021. Il en profite rapidement pour étoffer son palmarès avec une montée en Gounouilhou en 2022 et une demi-finale en 2024 avec les Messieurs. Pour les Dames, deux victoires en Golfer’s, en 2023 et 2024, pour une Coupe d’Europe en 2023. Autant dire que ça claque. La légitimité du coach est maintenant incontestable.

Une galaxie d’écart

Lui qui a côtoyé le haut niveau amateur et le haut niveau professionnel, a un regard sur ces deux mondes qui est particulièrement intéressant. « Il y a une galaxie d’écart …», nous dit-il. Chez les pro, le travail de tous les jours est d’une précision et d’une intensité que les amateurs, même les meilleurs, ont du mal à appréhender. Chez les pros, si cela ennuie, si cela gêne, c’est le signe qu’il faut continuer à le faire. La capacité à sortir de sa zone de confort est révélatrice d’une mentalité de pro. L’amateur qui contourne, évite, ou s’exonère de certains exercices et de certaines activités, n’a aucune chance de découvrir le haut niveau professionnel. Autrefois, dans le sport, les surdoués côtoyaient les travailleurs. Aujourd’hui, et encore plus demain, uniquement les surdoués travailleurs réussiront une vraie carrière. Seul, le talent pur n’aura plus sa place.

Cyril Miranda adapte son coaching sur ces exigences. Pour lui, la clé du succès repose sur une vision, un objectif partagé de tous, associée à un process auquel tout le monde adhère. La victoire est la conséquence d’une préparation minutieuse, faisant la part belle à de nombreux détails, qui se doivent d’être parfaitement maitrisés. Le succès et la réussite ne sont finalement que la somme de détails. Dans cette exigence, parfois la gestion des individualités pose quelques difficultés. Cependant, Cyril refuse le conflit et passe beaucoup de temps à expliquer. Et à constater. 

Il n’hésite pas à mettre le doigt sur le lien de cause à effet entre, par exemple, une mauvaise nutrition la vieille au soir, et une erreur de lucidité le lendemain sur le parcours, qui coute cher au joueur et à l’équipe. Dans sa vision du coaching, Cyril a une approche très globale de la performance. Difficile aujourd’hui de dissocier la technique, la stratégie, la préparation physique et mentale, la nutrition. Tous les curseurs sont importants. Cyril est un compétiteur né. Pourtant, dans son rôle de caddie ou de coach, la victoire dépend beaucoup de celui qui tient le club. Cela ne le frustre pas. D’abord, il s’est habitué à ce rôle car, sur un terrain, il a toujours eu autant de plaisir dans la réalisation de la passe décisive que dans le but ou l’essai, à proprement parler. D’autant plus, qu’il a toujours considéré que l’équipe était au-dessus de l’individualité.

En complément, Cyril est toujours vigilant dans la gestion de ses émotions personnelles car, selon lui, une des principales qualités d’un coach est sa capacité à être dans le présent, le factuel, et à ne surtout pas être dans la projection ou les spéculations sur un hypothétique résultat. Le fait d’avoir été caddie l’a beaucoup aidé dans ce sens.

Cette maitrise ne l’empêche pas de vivre des émotions intenses, à posteriori, surtout lors des victoires. C’est aussi la chance d’appartenir à un club exceptionnel, avec une identité si forte, où tous les membres portent fièrement les couleurs du club et où tous, suivent les résultats des équipes.

Ne rien laisser au hasard

Logiquement, on se devait de demander à Cyril Miranda ce qu’il pensait apporter à ses joueurs. « Difficile de parler de soi… », précise-t-il, avec cette humilité qui transpire. Il aborde le professionnalisme, la rigueur, la stratégie, le sens du jeu avec une forme de logique ou de rationalité qui se doit d’être respectée. Il apprécie particulièrement apprendre à ses joueurs de nouveaux shots, des coups spécifiques. 

Et il en profite pour nous glisser, qu’il est fan absolu de Bryson Dechambeau pour son coté hyper cartésien, qui ne laisse rien au hasard.

Malgré sa formation littéraire, Cyril est très scientifique dans son approche. Il parle à nouveau de ces détails qui, bien maitrisés, font la différence. Et il a envie de transmettre cette rigueur à ses joueurs. Pour finir, cerise sur le gâteau, nous l’interrogeons sur son rôle de consultant TV. « C’est un rêve éveillé qui me procure un plaisir fou… », les yeux brillants, le passionné qu’il est ne peut retenir une forme d’émotion tellement ce rôle correspond à un rêve de gosse. En effet, essayer d’entrainer des gens dans sa passion reste le fil rouge de sa carrière … « Souvenez-vous de la cassette vidéo de Leadbetter lorsque j’étais enfant… ». Cyril est un généreux, il ne garde pas pour lui, il aime partager. Son rôle de consultant TV lui donne une audience lui permettant de distiller, au plus grand nombre, des anecdotes, et de proposer de « l’inside » aux téléspectateurs. Il essaye de donner ce qu’il a reçu ou, parfois, ce qu’il aurait adoré recevoir. 

Le sens du détail

Et cette philosophie, finalement, résume assez bien le personnage. Cyril Miranda se veut être un transmetteur et n’hésite pas un seul instant à rendre hommage à certains de ses pairs comme Claude Lecuona avec qui, à Chiberta, l’école de golf était la fête sans être la foire, ou encore David Leadbetter dans sa façon de travailler et sa gestion du silence. Il cite également Arsène Wenger avec sa vision globale du coaching et le sens du détail qui engendre, de facto, la performance.

Avant de le quitter, avec une telle expérience et une telle connaissance du golf, nous étions curieux de savoir quelle serait sa partie de rêve. Avant même d’avoir fini de poser notre question, la réponse fuse « Tiger Woods, Nick Faldo et Ian Poulter…à St Andrews…ou Valderrama ». Chic et classe.

Texte Guillaume Barnett