À première vue, golf et rugby semblent appartenir à des mondes opposés. L’un est un sport d’élite souvent pratiqué en solitaire, ancré dans la précision et la finesse, tandis que l’autre, est un sport de contact intense, collectif, et physique. Et pourtant, nombreux sont les rugbymans, qu’ils soient encore sur les pelouses ou déjà en retraite, qui troquent le ballon ovale pour les clubs. Retour sur cette histoire d’amour inattendue mais évidente entre ces deux univers que tout semble opposer.

Quand on pense au rugby et au golf, difficile d’imaginer deux mondes plus différents. 

L’un est un jeu de force et de contact, un ballet souvent chaotique où chaque mètre conquis est une bataille, tandis que l’autre repose sur la précision, la patience dans un environnement calme. Pourtant, ces deux disciplines partagent un socle commun : la recherche de l’excellence et l’humilité face à l’imprévisible. Comme le vent sur un fairway peut dérouter une balle parfaitement frappée, une décision hâtive dans un ruck peut renverser un match. Pour les rugbymans, le golf représente une forme de méditation active, un échappatoire où l’on quitte les clameurs des stades pour retrouver le bruissement des arbres et le chant des oiseaux. 

Jonny Wilkinson, icône anglaise du rugby, a souvent évoqué comment le golf lui a appris la maîtrise de soi, un élément essentiel pour réussir un drop crucial à la dernière minute. Les similitudes entre ces deux sports ne s’arrêtent pas là. Le contrôle mental nécessaire pour un putt décisif sur un green est étrangement similaire à celui requis pour une pénalité sous pression. Chaque coup, chaque geste demande une précision chirurgicale et une concentration totale, deux qualités essentielles dans les deux disciplines. Le golf, par sa nature solitaire, permet également aux rugbymans de travailler sur leur résilience personnelle, un aspect souvent relégué au second plan dans un sport collectif.

Une passion qui s’étend au-delà des terrains

Pour beaucoup de joueurs, le golf commence comme une simple distraction lors des tournées internationales ou des longues intersaisons. Mais très vite, l’étincelle se transforme en feu de passion. Brian O’Driscoll, ancien capitaine irlandais, ou encore Titou Lamaison, 37 sélections en bleu, ont été vus plus d’une fois arpenter les greens entre deux matchs. Cette affinité trouve aussi une explication dans les valeurs communes aux deux sports : respect de l’adversaire, solidarité et dépassement de soi. Sur un parcours de golf, comme sur un terrain de rugby, chaque épreuve est une leçon d’humilité. Les amateurs de rugby apprécient également le côté convivial du golf, où les discussions entre coups se transforment souvent en échanges à cœur ouvert. Le Club-house, ce lieu où l’on refait le match ou le parcours, devient un pont entre les deux disciplines.

Le golf permet aussi de cultiver un autre aspect fondamental du rugby : l’esprit d’équipe. Même si le jeu est individuel, les parties en double, en foursome ou en scramble, rappellent aux rugbymans la dynamique de groupe, renforçant leur sens de l’amitié. Des tournois de charité réunissant golfeurs et rugbymans, comme certains célèbres Pro-Am, témoignent de cette synergie et de l’importance des relations humaines dans les deux sports.

Le golf comme terre d’épanouissement

Lorsqu’arrive l’heure de raccrocher les crampons, le golf s’impose naturellement comme un compagnon idéal pour de nombreux rugbymans. Outre les bienfaits physiques, rappelons qu’un parcours représente plusieurs kilomètres de marche, il offre une structure et un objectif à atteindre, deux éléments cruciaux pour des sportifs habitués à une vie rythmée par la compétition. Dan Carter, légende des All Blacks, a déclaré que le golf l’avait aidé à maintenir un équilibre mental après sa retraite. Les parcours deviennent des espaces où l’on peut ralentir, réfléchir et continuer à nourrir cet esprit de compétition, mais dans un format plus apaisé. Le golf offre également une sociabilité à ceux qui, après avoir vécu dans le tumulte des équipes, peuvent ressentir un certain vide une fois la carrière terminée.

Le golf devient aussi un outil précieux pour renforcer les liens avec les sponsors ou les partenaires professionnels. Dans ce cadre, il n’est pas rare de voir des anciens rugbymans exceller sur les greens tout en développant leur réseau. En France, des figures comme Abdelatif Benazzi ou Benjamin Fall ont su trouver dans le golf une nouvelle manière de partager leur passion avec un public élargi.

Au-delà des joueurs, l’influence des rugbymans sur le monde du golf est également palpable. Par leur notoriété, ils participent à démocratiser ce sport parfois perçu comme élitiste. En rejoignant des clubs ou en organisant des événements, ils permettent d’attirer une nouvelle audience vers le golf, notamment des jeunes séduits par leurs idoles ovales. De plus, les rugbymans apportent une nouvelle énergie à ce sport. Leur approche physique, leur mental de compétiteur et leur capacité à relever des défis inspirent aussi les golfeurs amateurs. Certains parcours n’hésitent pas à capitaliser sur cette dynamique en organisant des compétitions mixtes, mêlant amateurs et professionnels des deux univers. Cette fusion contribue à enrichir la culture du golf et à élargir ses horizons.

Une philosophie commune

Au-delà de la technique et de l’aspect ludique, le golf et le rugby partagent une philosophie profonde. Ce sont des sports où le respect et l’intégrité occupent une place centrale. Sur un terrain de rugby, tout comme sur un green, le fair-play est une valeur intransigeante. Les rugbymans, habitués à ces principes, trouvent dans le golf un écho naturel à leur éthique sportive. La patience et l’endurance, essentielles pour un bon golfeur, trouvent aussi leur parallèle dans les longues saisons de rugby. Ce sens du long terme, cette capacité à accepter les hauts et les bas, forment un pont philosophique entre les deux disciplines. Dans les deux cas, c’est l’effort collectif, même dans un cadre individuel, qui permet de surmonter les épreuves et de progresser. L’amour entre le rugby et le golf est peut-être surprenant au premier abord, mais il révèle des affinités profondes entre deux mondes pourtant opposés. Cette passion partagée par tant de joueurs est un écho à leur quête incessante d’amélioration, de maîtrise et de réflexion. Sur le green comme sur la pelouse, ce qui compte, c’est l’esprit d’équipe, le respect de l’adversaire et la beauté du jeu.

Le golf offre aux rugbymans, comme à beaucoup d’autres sportifs, une seconde vie sportive, où la compétition laisse place à la contemplation, mais où l’effort et la discipline continuent de briller. Ainsi, ces deux disciplines, aussi différentes soient-elles, se complètent et s’enrichissent mutuellement, créant une alliance inattendue mais indéfectible.

Témoignage de Benjamin Fall

Ancien international de rugby, Benjamin Fall est aujourd’hui un véritable passionné de golf. Dévoré par ce sport qu’il pratique depuis l’âge de 10 ans, Benjamin confie qu’il consacre désormais davantage de temps au golf qu’au rugby. Il découvre cette discipline à Langon, au sein de la section sportive de son collège. Rapidement séduit, il s’entraîne au golf du Sauternais avant de mettre le golf en pause durant sa carrière rugbystique.

C’est en 2017, à Montpellier, qu’il renoue avec ce sport, trouvant dans le golf une parenthèse apaisante et un équilibre face à l’intensité du rugby. Pour lui, les deux sports, bien que très différents, se complètent parfaitement. Là où le rugby demande énergie et puissance, le golf offre réflexion, calme et gestion émotionnelle. Benjamin explique que la stratégie, la concentration et la capacité à se recentrer après une erreur sont des points communs entre les deux disciplines. 

Aujourd’hui, joueur régulier mais non membre d’un club, il privilégie la flexibilité. Avec un handicap oscillant autour de 6, Benjamin aspire à reprendre la compétition amateur et à retrouver son meilleur niveau. Pour lui, le golf représente bien plus qu’un sport : c’est une façon de voyager et de rencontrer des gens. Il admire également la démocratisation croissante de ce sport, voyant dans cet engouement une belle opportunité pour d’autres sportifs de haut niveau de s’y convertir. 

Toujours positif et serein sur le parcours, Benjamin conclut :

« Le golf, c’est accepter de perdre face à soi-même et au parcours, mais c’est aussi apprendre à savourer chaque instant et chaque coup réussi. »


Témoignage de Alexandre Roumat

Alexandre Roumat, à la fois rugbyman professionnel et également passionné par la petite balle blanche, nous partage avec énergie et sincérité comment le golf s’est imposé dans sa vie. Initié par d’anciens coéquipiers à l’UBB, et totalement conquis lors de la Ryder Cup en France, pour lui, le golf n’est pas juste un passe-temps. Ce sport est surtout un moment pour se recentrer et puiser la force nécessaire pour donner le meilleur de lui-même sur le terrain. « Le golf m’a appris à me retrouver et à adopter une force tranquille, même au cœur de l’action », déclare-t-il avec un enthousiasme communicatif. Entre entraînements intenses et compétitions, Alexandre trouve dans le golf un échappatoire vivifiant. Avec objectivité, il avoue que la quiétude d’un parcours et la beauté naturelle qui l’entoure, sont des éléments qui boostent sa concentration et son moral.

« Chaque swing est une nouvelle leçon de vie, une opportunité de me reconnecter avec moi-même »

Pour lui, ces instants sur les greens ne sont pas seulement l’occasion d’améliorer sa technique, mais sont surtout des opportunités pour développer une mentalité gagnante, indispensable pour affronter les défis du rugby. Pour lui, comme pour beaucoup, le golf et le rugby ne sont pas en contradiction mais au contraire, ils se complètent en lui permettant d’explorer différentes facettes de sa personnalité. Ce sport lui offre une pause dynamique et inspirante, révélant un côté plus détendu et réfléchi qui contraste avec l’intensité d’un match de rugby. Avec un enthousiasme débordant, il encourage régulièrement ses coéquipiers à découvrir le golf, convaincu que cette pratique enrichit aussi bien le corps que l’esprit. Et en dernière confidence, il nous avoue que le stress sur le Tee du 1, devant une dizaine de spectateurs, est pour lui, tout aussi présent que lors du coup d’envoi d’un match international, devant un stade plein. Comme quoi, même les grands champions connaissent ça !

Texte Guillaume Barnett