L’image avait choqué dans l’éco-système du golf. A l’été 2022, des membres d’un collectif avaient saboté deux golfs de l’agglomération toulousaine pour protester contre leur grande consommation d’eau en pleine sécheresse. Greens abîmés, trous bouchés avec du ciment, pancartes sur le parcours, ces activistes avaient fait fausse route, se trompant d’adversaire. « Cela ne se serait jamais produit dans des pays anglo-saxons », précise d’entrée Grégory Havret dans son autobiographie « Ma vie sur les greens » (Talent éditions). « Ils oublient que les golfs ont fait d’extraordinaires efforts pour limiter leur consommation d’eau, et du coup réussir à sauver leur parcours et les emplois associés. Dans notre pays ou le foot est sacralisé, en revanche, personne ne s’est posé la question de l’arrosage des terrains. Oui, il faut penser à sauver les golfs et en même temps trouver des systèmes moins consommateurs d’eau, peut-être avec des herbes spéciales et des systèmes de drainage plus modernes. Les parcours ont pour la plupart été construits il y a trente ans, lors du boom golfique en France. A l’époque les problématiques environnementales n’existaient pas ou peu. Bien évidemment, aujourd’hui, quand un parcours sort de terre, cette problématique devient prioritaire ».
A ce point capitale, qu’à Chantaco, Jean-Marie Lacoste, a immédiatement pris le virage vert à 360 degrés.
« A mon arrivée en tant que Président, il y avait beaucoup de travaux à faire sur le parcours, à coup de pelles mécaniques, de chemins à dessiner en enrobé, et de systèmes de drainage et d’irrigation à développer. On a refait tous les bunkers avec des fonds drainants, reconstruit entièrement 5 greens, reconstruit tous les départs, entretenu la forêt pour redonner de la lumière là où c'était nécessaire. Sur le plan de la transition écologique, l’idée était d’utiliser de l’eau locale mais pas d’eau potable. On a 2 forages juste à côté, et on a simplifié le travail des pouvoirs publics sur l’utilisation de l’eau notamment en été. Pour nous, il n’y avait aucun intérêt d’utiliser de l’eau potable pour un golf ». Entre 2018 et 2020, le parcours de 18 trous a été entièrement rénové, tout en gardant à l’esprit un article de la loi Labbé, stipulant qu’à partir de 2025, l'usage de produits phytosanitaires sera interdit dans les espaces verts publics.
Jean-Marie Lacoste poursuit. « En fait, à long terme, il y a 2 sujets : les produits que l’on doit mettre sur le terrain et l’eau. À ce titre, je me suis beaucoup inspiré d’un expert, Laurent Denise, sur l’agroécologie et la perméabilité du sol. Plus vous avez de plantes, plus vous aurez d’humidité, et c’est pour cette raison que l’on a laissé un maximum d’herbes hautes en dehors du parcours. L’an dernier, chez nous, il a plu 40% de plus qu'en ville, à 4kms, soit à l'échelle du terrain 250 000 M3 supplémentaires. Mais surtout on a boosté la perméabilité des sols en les rendant vivants. A Chantaco, l’eau qui rentre dans le sol ne part pas dans les rivières. Elle va alimenter la nappe phréatique et les plantes, et de cette manière, on lutte contre la sécheresse ».

Et concernant les fertilisants, comment sortir de la dépendance ?
« On va arriver à 0 fertilisant chimique à horizon 2024-25. Ils ne sont pas bons pour la vie dans le sol, comme les produits phytosanitaires. La fertilité et la perméabilité ont été améliorées grâce à des extraits végétaux, des champignons et bactéries que l’on a pulvérisés dans le sol. Quand on divise par 3 les fertilisations et qu'on diminue drastiquement les produits phytosanitaires, je fais des économies, et avec cette méthode, on ne réduit pas la fertilité du gazon », se réjouit le petit-fils de René Lacoste. Au final, les golfeurs de Chantaco en ressentent les bienfaits. En hiver, plus de boue et un plaisir accru. Petit exemple des travaux effectués sur le trou numéro 3, avec un creux et un green surélevé pour ce par 3 de 175M auparavant enfermé dans les arbres, en manque de luminosité, et avec de mauvaises pentes… Pour ce trou donnant sur la rhune (massif emblématique de la côte basque), le green désormais à 2 plateaux, a été reculé de 15m, et petit ajout, à proximité du mat, des cerisiers du Japon plantés en forme de clin d’œil au Mont Fuji.
Pour conclure, le mot de la fin laissé à Jean-Marie Lacoste, un autre clin d’œil plus politique cette fois : « Si les procureurs en 140 caractères (Twitter) ont des solutions à proposer, ils sont les bienvenus. Mais je suis en colère contre ceux qui disent avoir l’amour de l’environnement et de la nature chevillé au corps, et qui font tout ce qu’il faut pour en arriver au désert. C’est facile de critiquer et de détruire, mais c’est tellement plus valorisant de construire et améliorer ! ».
Texte Antoine Grynbaum